REFORME ET DEVELLOPEMENT DU SECTEUR CINEMATOGRAPHIQUE EN TUNISIE : INDEX & INTRODUCTION

Publié le par ciac



 

REFORME ET DEVELLOPEMENT

DU SECTEUR CINEMATOGRAPHIQUE EN TUNISIE

 

 

Rapport de synthèse préliminaire

du Collectif Indépendant d’Action pour le Cinéma

 

 

 

 


 

TABLE DES MATIERES

 

 

I - Introduction générale……………………………………………………page 4

 

II - La culture du cinéma……………………………………………………page 9 

A – Introduction…………………………………………………………………......page 10

B – Propositions…………………………………………………………………….page 11

C – Conclusion……………………………………………………………………...page 16

 

III - L’enseignement et la formation……………………………………page 18

A – Introduction……………………………………………………………………....page 19

B – Propositions……………………………………………………………………...page 20

C – Conclusion……………………………………………………………………….page 23

 

IV - La réorganisation du métier…………………………………………page 24  

A – Introduction………………………………………………………………………page 25

B – Propositions……………………………………………………………………...page 26

C – Conclusion……………………………………………………………………….page 28

- Annexe partie « réorganisation du métier »……………………………………..page 30

 

V - La production et le financement…………………………………...page 34

A – Introduction………………………………………………………………………page 35

B – Propositions……………………………………………………………………...page 37

C – Conclusion……………………………………………………………………….page 41

- Annexe partie « production et financement »…………………………………...page 42

 

VI - La diffusion du film……………………………………………………..page 53

A – Introduction………………………………………………………………………page 54

B – Propositions……………………………………………………………………...page 55

C – Conclusion……………………………………………………………………….page 62

 

VII - Le Centre Tunisien de la Cinématographie…………………..page 64

A – Introduction………………………………………………………………………page 65

B – Propositions……………………………………………………………………...page 66

C – Conclusion……………………………………………………………………….page 71

 

VIII - Synthèse des propositions…………………………………………page 72

 

IX - Conclusion générale……………………………………………………page 76

 

X - Annexes générales………………………………………………………page 78

 

XI - Les auteurs du rapport………………………………………………..page 92


 

I

INTRODUCTION GENERALE

 


 

Projet global d’éducation à l’image

 

Il y avait le cinéma seulement, puis il y a eu la télévision. Aujourd’hui, l’image n’est plus seulement partout, elle est même devenue en nous (sur nos téléphones portables, nos ordinateurs...). Avant, l’être humain se déplaçait pour voir des images dans une salle de cinéma, aujourd’hui c’est lui qui déplace les images où qu’il aille. Il les déplace aussi d’un espace virtuel à autre grâce à l’ordinateur et Internet. Il n’est plus question pour l’individu simplement d’identification, il est surtout devenu question d’identité même. L’image est si bien ancrée dans chacun qu’il devient inconcevable pour un peuple de ne point avoir d’images qui le représentent et pour un pays de ne point avoir d’images qui l’identifient.

De surcroit, avec l’outil numérique et Internet, tout un chacun peut même fabriquer ses propres images et les diffuser partout dans le monde gratuitement et instantanément. Les tunisiens comme tous les autres citoyens du monde ne se privent d’ailleurs pas de ce mode primaire d’autoreprésentation. Or, l’imaginaire collectif ne peut pas se suffire à ces seuls modèles instinctifs et voyeuristes.

Ces mutations rendent encore plus accrue l’importance du cinéma. Peut-être plus que jamais, il continue à être à un art et un médium majeur de notre temps. De la même manière, ces mutations rendent encore plus accrue la réforme et le développement du cinéma en Tunisie car il est l’alternative à l’acculturation aux images moyen-orientales et occidentales. Cette réforme est un premier pas nécessaire d’éducation à l’image.

 

Pourquoi réformer et développer le cinéma aujourd’hui en Tunisie ?

 

Depuis sa naissance jusqu’à ce jour, le cinéma n’a jamais cessé d’être un art populaire, un médium fascinant et une industrie florissante. Aujourd’hui en Tunisie, il n’est rien de tout cela. Le contexte géopolitique, l’environnement national et le besoin individuel ne sont pourtant pas fondamentalement défavorables à l’émergence et au développement d’un cinéma tunisien d’envergure internationale.

Au contraire, il est même nécessaire à la Tunisie en ce début de millénaire d’avoir une cinématographie de prime importance et il lui faudra pour ce faire mettre en œuvre un certain nombre de mesures et stimuler une certaine quantité d’énergies créatrices parce que :

Le cinéma est la mosaïque de la société. Il est à la fois un lien entre les individus mais un lien qui libère leurs singularités respectives. C’est l’art qui rassemble le plus de monde autour des différences de chacun. Un des importants plaisirs cinéphiliques étant de se déplacer dans une salle pour regarder collectivement un film dont on discuterait par la suite toute la nuit. Il peut être ainsi un formidable catalyseur de l’identité tunisienne dont la spécificité est son extrême diversité.

Le cinéma véhicule un certain nombre de valeurs qui en font un art important pour la préservation et la transmission de la culture, pour les donner à voir aux autres mais aussi aux descendants de ce peuple. Il peut ainsi occuper un rôle essentiel, voir fondamental, dans le partage de la culture tunisienne et sa spécificité. Il n’y a qu’à se souvenir de la réussite de l’exportation de l’image tunisienne par Ahmed Bahaeddine Attaia et ses incidences positives sur plusieurs niveaux pour s’en convaincre.

Un film de cinéma est de toutes les œuvres d’art celle qui nécessite la conjugaison du plus grand nombre de sensibilités artistiques, de qualités artisanales et de main d’œuvre avertie. Une quantité importante de films tunisiens chaque an est amenée logiquement à absorber un grand nombre de travailleurs qu’ils soient artistes, artisans ou ouvriers. De plus, la production d’un film est de toutes les œuvres d’art celle qui nécessite le plus d’argent mais potentiellement celle aussi la plus à même d’en engranger par la suite. Un film tunisien est donc susceptible d’être une importante entreprise économique tant le retour sur investissement est important au cinéma.

 

Malheureusement, cela fait plusieurs années que nous avons perdu en Tunisie la possibilité de faire et de voir correctement des films, nous avons perdu la connaissance de la langue du cinéma. Cette langue qui était en Tunisie presqu’une troisième langue tant le cinéma dés ses débuts a été adopté, aimé et parlé dans notre pays jusqu’aux années quatre vingt dix.

 

Les erreurs commises dans le passé

 

Le cinéma a été perdu car on a cru à tort quand le cinéma tunisien était à son apogée qu’il était devenu pérenne grâce à ses succès et l’on a cessé de croire en son exigence. Cet abandon a été celui à la fois des gens du cinéma eux-mêmes mais celui aussi de l’état et des spectateurs. L’on s’est vite rendu-compte de la fragilité du cinéma. La seconde erreur a été pendant plus d’une décennie pour les gens du cinéma de s’accaparer la possibilité d’agir, celle de l’état de vouloir régler les problèmes au coup par coup et sans réel projet et celle des spectateurs de trop vite se désintéresser de leur cinéma.

Les aspects concrets de cette crise de confiance et de ce défaitisme généralisés sont entre autres : la stagnation quantitative et qualitative de la production, la non-émergence de nouveaux talents, la sclérose des structures et une législation parfois anachronique et parfois non-appliquée...

Ainsi, si projet global de réforme du secteur cinématographique il y a, et il est à notre sens impératif et urgent, il gagne à être dans son esprit forgé par les idées directrices qui répondent parfaitement aux particularités de la crise actuelle du cinéma en Tunisie.

 

Trois idées directrices pour un projet global de réforme et de développement du cinéma en Tunisie

 

Les trois principes fondamentaux qui nous semblent répondre judicieusement à l’abandon, la sclérose et le désintérêt observés sont : le modernisme, le volontarisme et la décentralisation.

Le modernisme à la fois des idées, des projets et des ambitions est nécessaire car l’originalité, la nouveauté et l’avenir sont susceptibles de fédérer de manière plus immédiate et de concentrer plus d’énergies pour les construire.

Le volontarisme à la fois des gens du cinéma, de l’état et des spectateurs car l’industrie de l’art cinématographique ne peut exister sans l’une de ces trois parties. Il y a donc lieu de responsabiliser et d’impliquer tout un chacun car au final, le cinéma appartient à tout un chacun et son renouveau influera sur tous.

La décentralisation des images, des pouvoirs et des structures est à même de renouveler les points de vue et de faire émerger de nouvelles personnalités dans le paysage cinématographique.

 

Trois grands chantiers essentiels à mettre en œuvre immédiatement dans le cadre de ce projet

 

Etant donné la profondeur de la crise et l’acuité géostratégique des images dans notre ère, il est évident que la réforme de l’art et du secteur cinématographiques en Tunisie ne se fera que sur plusieurs années et au prix d’efforts importants. Mais c’est bien à cause de cette crise locale profonde du cinéma et de son importance mondiale même que certains arbres doivent être plantés immédiatement pour donner leur fruit en temps voulu.

  1. Préparer les générations futures : la confrontation au langage et l’initiation à la pratique du cinéma dés le plus jeune âge sont l’assurance future de créateurs et de spectateurs de qualité.
  2. Mettre tout en œuvre pour un sursaut qualitatif et quantitatif des films : un appareillage législatif, financier, socioéconomique, culturel, etc. adéquat est garant de l’éclosion d’une production filmique organisée dans sa fabrication, ambitieuse par ses formes et ses propos et compétitive tant artistiquement que commercialement.
  3. Recréer l’espace fondamental du lien unissant le cinéma et le citoyen, à savoir la salle de cinéma : le film doit retrouver la centralité qui doit être sienne et qui a été perdue et un tissu de salles important et varié doit être refondé en même temps qu’une sortie progressive du piratage doit être mise en place.

 

Pour résumer, la Tunisie gagnerait culturellement, économiquement, géo-stratégiquement et politiquement à créer et pérenniser sur des bases saines, solides et justes une cinématographie de qualité, tant le langage artistique si particulier du cinéma et sa possible valeur-ajoutée industrielle en font un médium d’une importance capitale pour le présent et surtout le futur des civilisations.

Il est évident que ce travail de longue haleine et de multiples fronts ne pourra aboutir et réussir que de manière concertée, structurée et globale : un Centre Tunisien de la Cinématographie s’impose naturellement et plus que jamais de part l’acuité de la situation actuelle.

Pour finir, il est grand temps de prendre à bras le corps en considération d’un point de vue social et politique l’effervescence observée ces dernières années de la part de toute une nouvelle génération dont le désir de cinéma est immense.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article