REFORME ET DEVELLOPEMENT DU SECTEUR CINEMATOGRAPHIQUE EN TUNISIE : LA REORGANISATION DU METIER

Publié le par ciac

 

IV

LA REORGANISATION DU METIER


 

A – INTRODUCTION

 

 

Les métiers du cinéma contribuent tous à la création de l’œuvre cinématographique et audiovisuelle. Ils font appel - à des titres divers - à des aptitudes aussi variées que l’imagination créatrice, les compétences techniques, et le sens de l’organisation. 

C’est ce qui en fait l’intérêt mais aussi la difficulté, puisqu’il est indispensable de faire coïncider ces différents apports - aux intérêts parfois divergents - pour concrétiser la vision d’une œuvre chaque fois unique et particulière.

Il est donc indispensable que tous ces professionnels du cinéma sachent s’intégrer à une équipe et qu’ils fassent preuve de créativité et de responsabilité appropriées à chaque projet voire une bonne culture générale et une sensibilité artistique leur permettant d’être ouverts aux sujets et aux formes cinématographiques les plus diverses.

Aujourd’hui, les nouvelles technologies numériques et informatiques - de plus en plus employées à toutes les étapes de la chaîne cinématographique - peuvent remettre en question le processus linéaire de la fabrication d’un produit audiovisuel. Toutefois la référence aux savoir-faire spécifiques des métiers traditionnels demeure, quelque soit l’outil (mécanique, informatique ou numérique) ou le support (argentique, analogique ou numérique) dont se servent les professionnels.

 

La réorganisation du secteur cinématographique tunisien, afin d'en améliorer les conditions de travail, fait partie intégrante d’un projet de réforme, tant la tradition et les exigences des métiers du cinéma sont prégnants et dont les enjeux se situent à la fois au niveau technique et artistique.

Aujourd’hui en Tunisie, et malgré l'effort fourni par quelques personnes dans le but de créer un syndicat des techniciens qui renforce celui des producteurs afin, d'évaluer, d’organiser et de défendre le système de travail cinématographique qui se rétrograde de jour en jour, la situation générale reste très précaire et hermétique puisque le manque de travail, la participation non-régulée de techniciens étrangers et de salariés de la télévision, l'absence d'une grille de salaire et surtout d'organismes pour défendre les droits à la sécurité sociale, aux assurances, au recyclage et à la formation sont, ente autres, des freins inévitables au développement du secteur.

 

 

B - PROPOSITIONS

 

 

1 – Réformer la « Carte d’Identité Professionnelle »

 

La « Carte d’Identité Professionnelle », dite « carte professionnelle », absente depuis quelques années du circuit cinématographique, reste d'une importance primordiale pour l'organisation générale du métier ainsi que plus profondément, pour la construction identitaire des travailleurs du cinéma.

Le texte de loi relatif à « la carte professionnelle » date de l'année 1983, il y a donc lieu de le revoir en profondeur et dans les plus brefs délais. Cette réforme de la « carte professionnelle » en particulier et la réorganisation du secteur en général, est délicate tant elle charrie de façon intrinsèque des préoccupations corporatistes, syndicales, salariales, sociales, etc. Elle ne peut donc être entreprise que de manière concertée, collective et de longue haleine. Les propositions qui suivent quant à la « carte professionnelle » mais aussi à la réorganisation générale du secteur cinématographique sont donc à considérer comme esquisse ou pistes de réflexion.

 

Revoir certains points des critères d’octroi. Aujourd’hui, la définition d’un film de cinéma sur la base du support argentique est devenue totalement obsolète. D’autre part, une malencontreuse discrimination existe faisant du film de fiction l’unique catégorie à l’exercice de laquelle est délivrée la « carte professionnelle ». Aussi, la hiérarchisation systématique est anachronique avec le contexte tant tunisien qu’international du cinéma, il faudrait penser à ajouter d’autre chemin menant à l’obtention de la « carte professionnelle » comme par exemple l’exercice direct de la profession sur un nombre élevé de long-métrage sans diplôme spécialisée et sans passer par la hiérarchie instituée. 

 

Créer de nouvelles « cartes professionnelles ». Certains métiers du cinéma méritent amplement l’octroi d’une « carte professionnelle » de part leur importance spécifique dans la fabrication du film, par exemple : le scénariste, le mixeur, l’habilleur/maquilleur/costumier...

 

Définir précisément et mettre en valeur l'intérêt de la « carte professionnelle » au niveau social, professionnel et autre.         La « carte professionnelle » doit permettre aux techniciens qui la possèdent des facilités au niveau social auprès des divers organismes. Elle doit jouer le rôle d'un permis de travail auprès des sociétés de production. Elle permettra par la suite à ses derniers des facilités auprès de la commission technique dans des cas bien spécifiques. Etc.

 

Il va sans dire que le futur Centre Tunisien de la Cinématographie aura a charge en temps voulu, de réguler tout ce qui a trait à la « Carte d’Identité Professionnelle ».

 

N.B. : Dans un souci de non-discrimination et celui de lancer des pistes de réflexions et dans la perspective de créer en Tunisie des cinémas de fiction, documentaire, expérimental et d’animation, est proposée en annexe à la section « Réorganisation du secteur » (ci-après) une carte professionnelle relative aux techniciens des films d’animation ainsi qu’une liste des métiers spécifiques de cette catégorie de films.

 

2 – Mettre en place un « contrat type » et des conditions générales d’engagement claires, précises, adaptées et adoptées par tous

 

Généralement, les contrats de travail et les conditions d’embauches sont négligés par les sociétés de production, ce qui irresponsabilise le producteur et le technicien. Il faudra donc penser à un contrat type agréée par le syndicat des techniciens, le syndicat des producteurs et le Centre Tunisien de la Cinématographie.

Les conditions générales d'engagement doivent être négociées sur la base de contrat type. En sachant qu'elles peuvent changer d'une production à une autre, elles garantiraient malgré tout la préservation des droits des techniciens et celui des producteurs.

 

3 – Repenser les assurances et la C.N.S.S. appliquées au cinéma

 

Redéfinir et appliquer les assurances et le droit à la sécurité sociale.

 

Penser à un statut d’ « intermittents du spectacle » qui consisterai à octroyer un salaire minimum aux techniciens du cinéma, entre autres techniciens des pratiques artistiques et culturelles, lors de leur période non-active, à l’exemple du système français récemment adopté efficacement au Liban.

 

4 – Encourager la réforme et le développement des syndicats et des associations professionnels

 

Les travailleurs du cinéma sont vivement appelés à investir et s’investir dans les structures existantes (le syndicat des techniciens, le syndicat des producteurs, le syndicat des distributeurs/exploitants, l’Association des Cinéastes Tunisiens) pour les renforcer et en créer d’autres (syndicats pour chaque poste technique, autres associations...) ; structures destinées à défendre les droits de leurs métiers, qui sont par ricochet ceux du cinéma en entier. Ces structures sont pour les travailleurs du cinéma les espaces au sein desquels un code du travail, différents accords et conventions, un barème de salaire, un recyclage des compétences, etc., peuvent être mis en place.

 

 

C - CONCLUSION

 

 

Les métiers du cinéma correspondent aux principaux départements impliqués dans la création d’un film : réalisation - image - décor - costumes - maquillage - son - montage - organisation et coordination. 

Les techniciens exerçant ces métiers sont des salariés travaillant généralement par intermittence  pour des employeurs multiples, c’est-à-dire qu’ils sont engagés pour une durée limitée : le temps de la production d’un film qui peut varier - selon la fonction exercée, la longueur et le genre du film - de un jour à plusieurs mois. Il n’est donc pas toujours facile de gérer son emploi du temps entre les différentes propositions d’engagement, qui souvent se recoupent, et les périodes d’inactivité. Souplesse et flexibilité d’une part, endurance psychique et morale d’autre part, sont des qualités permettant de s’adapter à ces conditions de travail. 

 

Toutefois, la dimension de l’équipe dépend des conditions ou de l’envergure de la production et la division du travail change aussi quelque peu suivant le genre du film, nous avons donc choisi d'énumérer ces quelques propositions répondant a des points emblématiques du processus de création d'une œuvre cinématographique dans notre pays, afin de défendre les intérêts sociaux et économiques des travailleurs du cinéma et leur permettre de bénéficier de solutions adaptées aux spécificités de leurs conditions de travail. Travail consistant à fabriquer puis diffuser l’œuvre de cinéma qu’est le film au cours des étapes de production et de sortie en salles.

 


ANNEXE PARTIE REORGANISATION DU METIER :

 

PROPOSITION DE CREATION D’UNE CARTE D’IDENTITE PROFESSIONNELLE : « ARTISTE D’ANIMATION »

AINSI QUE DEFINITION DE METIERS SPECIFIQUES

AU CINEMA D’ANIMATION

 

 

A cause d’une absence de traditions, d’un manque de productions et d’une formation absente dans les écoles, il est inconcevable de créer aujourd’hui une carte professionnelle pour chaque poste d’une production d’un film d’animation. Nous proposons une seule carte qui englobera tous les postes : carte professionnelle « artiste d’animation ». Le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine (dans l’immédiat) et le Centre Tunisien de la Cinématographie (dans le futur) devront octroyer davantage de subventions pour des courts-métrages d’animation sans l’obligation de la carte professionnelle et ceci à moyen terme. Il faut préparer le terrain pour les futurs diplômés et les personnes formées sur le tas avec ces courts-métrages. Une carte professionnelle sera délivrée en tant voulu à chaque poste de la production, une fois que cet art sera établi sur des bases solides. La carte professionnelle « artiste d’animation » est délivrée à toute personne ayant travaillé ou réalisé un film d’animation dans le cadre d’une production professionnelle.

 

Nous proposons ci-après à titre d’exemple l’essentiel des postes formant l’équipe technique d’une production d’un film d’animation standard :

 

REALISATEUR

 

Supervise la production, depuis la conception jusqu’à la réalisation finale. Présente aux acteurs, aux techniciens et à l’ensemble du personnel les détails concernant l’histoire, le style, l’atmosphère, les personnages et le jeu des acteurs. Assure la liaison entre l’ensemble des départements et prend, tout au long de la production, les décisions relevant de la création. Responsable, avec le producteur ou le coordinateur de production, du programme de production, assure la responsabilité des aspects créatifs au cours de celle-ci. Peut engager du personnel.

 

CONCEPTEUR

 

Détermine le style général de la production, peut imaginer les arrière-plans et certainement les personnages, ainsi que tous les éléments mobiles, principaux et secondaires. Peut choisir les couleurs et les moyens à mettre en œuvre pour la production du dessin modèle.

 

STORYBOARDER

 

Produit la séquence de dessins et peintures fixes, généralement à l’échelle réduite, détermine la production, scène par scène, et les développements essentiels, de chacune d’entre elles. Fixe les étapes, les plans, le rythme et l’horaire de la production pour la bande son, déterminant les prises, les angles et souvent les motifs de base.

 

LAYOUT MAN 

 

Sur base de la feuille de service, assure la mise en page de l’ensemble ou d’une partie de la production, scène par scène, au moyen de dessins précis à l’échelle réelle, déterminant la mise en page de l’arrière-plan, les dimensions des champs, le placement des personnes nages et/ou des autres éléments mobiles dans les principales positions. A l’usage du personnel d’animation, du spécialiste arrière-plan, de l’opérateur de caméra sur praticable et de l’opérateur pour essais de lignes.

 

CHEF-ANIMATEUR

 

 Produit l’animation principale. Définit le style, l’ambiance et le rythme de l’action, « joue » dans l’animation des personnages, assure le minutage de détail et la continuité. Assure les retouches ou les supervise, dirige les autres niveaux d’animation, assure le suivi du style, des normes et de l’horaire, ainsi que du travail d’animation. Synchronise

 

DIRECTEUR DE L’ANIMATION

 

Réunit les fonctions de directeur et d’animateur principal. Peut également y adjoindre celles de spécialiste de feuille de service, de concepteur et de réalisateur.

 

ANIMATEUR

 

Joue un rôle d’assistant, mais peut assurer l’animation secondaire ou complète de plans plus simples, assurer la lip sync.

 

ASSISTANT ANIMATEUR

 

Il est capable d’exécuter tout ou une partie des points suivants : mise au net esquisses-clés ou intermédiaires, breakdown d’intervalles ou intervallage, sous la direction de l’animateur et/ou du chef-animateur.

 

INTERVALLISTE

 

Dessine les intervalles, sous la direction de l’assistant animateur.

 

TRACEUR

 

Contribue à une finition de qualité des dessins d’animation en dessinant sur celluloïd ou autre support les lignes de dessins originalement sur papier, celluloïd ou pellicule (à l’aide d’un projecteur de rotoscopie) et en employant différents matériaux de dessin.

Exécute le détonnage des personnages et objets animés sur des décors ou overlays existants

Suit les modèles de traçage comme référence.

 

COORDINATEUR DE PRODUCTION

 

Assure, tout au long de la production, le lien entre tous les département afin de garantir le respect du programme et la coordination (respect d’échéances régulières, s’assure que le personne dispose des références/dessin modèles requis).

Peut assister le producteur dans la fixation et l’ajustement du programme et dans ses autres fonctions. Peut engager du personnel.

 

DIRECTEUR DE PRODUCTION

 

Dépend du producteur mais est directement responsable pour la direction pratique des opérations dans le studio, y compris la détermination des objectifs et le passage des dessins modèles d’un département ou d’un artiste à l’autre. Responsable de l’engagement ponctuel de personnel free-lance. Supervise, en particulier, la caméra, le dispositif de contrôle, le département peinture et calques, s’occupe des artistes travaillant en arrière-plan, du personnel de mise en page et de feuille de service, des animateurs, etc. Responsable de la supervision de l’état d’avancement des travaux et du contrôle des budgets alloués pour les dessins modèles et le tournage. Assure les contacts avec les artistes et monteurs externes travaillant en free-lance, ainsi qu’avec le directeur, pour apporter les corrections voulues aux dessins modèles, aux travaux de caméra, etc. Adresse les demandes pour les crédits, les travaux de caméra à l’extérieur, etc.

 

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